22.10.2008

Enfin un capitaine à la barre de l’Europe !

 


La présidence française de l’Union européenne ne ressemble à rien de connu : anticonformiste et prenant tous les risques. Et, au passage, elle a donné naissance à une vraie politique étrangère européenne.
Un homme doté d’une prodigieuse énergie comme Nicolas Sarkozy ne pouvait se contenter d’une seule présidence. L’hyperactif chef de l’Etat français s’est vigoureusement emparé de la barre de l’Union européenne, qui revenait à la France pour six mois, et il a fixé lui-même le cap. Qu’il barre ou non dans la bonne direction est une autre question. Mais il est indéniable qu’il a donné une réelle signification à la notion de présidence européenne – souvent considérée comme guère plus, pour le pays qui l’exerce, qu’un semestre passé à accueillir expositions et autres mondanités. Qu’elle le veuille collectivement ou non, l’Europe a joué un rôle inhabituellement dynamique dans les affaires mondiales depuis que Sarkozy en a pris la présidence, en juillet.
Sarkozy est un anticonformiste, naturellement enclin à prendre des risques. Et les risques qu’il a pris ont jusqu’ici payé – plus ou moins. Au plus fort du conflit russo-géorgien, il s’est rendu à Moscou sans être assuré d’obtenir un cessez-le-feu. Mais il a réussi à mettre fin aux combats et il a fait de l’UE le principal intermédiaire dans la région.
On a beaucoup reproché à Sarkozy d’avoir négocié une vague trêve qui a permis à Moscou d’en exploiter les énormes lacunes. Il n’empêche, le fait est que le cessez-le-feu a donné un coup d’arrêt à l’avancée des troupes russes en direction de Tbilissi, le temps que les Géorgiens reprennent leur souffle.
Depuis, les Russes ont reconnu que c’est l’intervention du président de la France qui a stoppé leur progression vers la capitale géorgienne. En faisant en sorte que la voie diplomatique reste ouverte, Sarkozy a également mis un terme à la chaîne des événements créés par de vieux réflexes hérités de la guerre froide à Moscou, à Washington et à Londres.
Mais l’intervention dans la crise géorgienne a été le fait d’un seul homme. Par son action personnelle, le président français a donné naissance à une politique européenne. Maintenant, il lui reste à faire monter à bord [de son hors-bord] ses homologues de l’UE. Ce sera plus difficile et bien plus risqué.
Julian Borger
The Guardian
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