11.08.2008
Arthur roi de Bretagne : l'exposition à Rennes
RENNES/ROAZHON — Sitôt franchi le seuil, le visiteur est entouré d'une ambiance sylvestre faite de chants d'oiseaux et de craquements de branchages. Il est happé par l'atmosphère de la fabuleuse forêt de Brocéliande, la « forêt enchantée ». Mais il lui faudra faire du chemin pour gagner le précieux Graal de l'exposition qui se trouve être un imposant manuscrit datant de 1220, l'un des plus anciens manuscrits enluminés des romans de la Table ronde. Il est placé dans la 3e salle sous bonne garde des Chevaliers de la Table ronde. Quimper, 1948. Pour la première fois se tient le congrès de la Société arthurienne. Depuis, le cercle des Arthuriens se réunit tous les trois ans. Soixante ans plus tard, le congrès s'est tenu à Rennes, en juillet, avec 300 spécialistes du monde entier. En 2008, ses membres ont suggéré à la bibliothèque de la ville d'exposer le fameux « manuscrit 255. » L'idée a été retenue ! C'est ainsi qu'est née la première grande exposition sur la légende du roi Arthur.
Réalisée en partenariat avec la Bibliothèque nationale de France, cette exposition événement retrace l'histoire culturelle du mythe arthurien. Elle a reçu le label “Exposition d'intérêt national” du ministère de la Culture. Elle est ouverte du 15 juillet 2008 au 4 janvier 2009.
L'histoire du preux Arthur, héroïque chef du Ve siècle, inspira les bardes dès le VIIe siècle. Mais la légende prit vraiment corps au XIIe avec l'historien anglais Geoffroy de Monmouth, qui fit du grand chef de guerre Arthur un roi de Bretagne. Le Français Chrétien de Troyes publiait à la même époque cinq grands romans inspirés par les chansons de geste.
L'exposition comprend 200 œuvres qui illustrent le mythe de la Table ronde au fil des siècles : manuscrits, tableaux, statues, dessins, affiches, films... A noter, par exemple, les illustrations de Gustave Doré (L'Éducation d'Arthur), les toiles de préraphaélites, comme Le Rêve de Lancelot à la chapelle du Graal (1896) d'Edward Burne-Jones.
L'exposition occupe 1 000 mètres carrés, sur trois salles et deux étages. Voici comment se déroule l'itinéraire (l'exposition est ludique, parsemée d'écrans vidéos et de casques audio) :
La salle 1 est dédiée à l'environnement fantastique dans lequel s'inscrivent les conquêtes et les exploits du roi Arthur. C'est la fameuse forêt de Brocéliande hantée de créatures fantastique. Dans cette profusion d'arbres, un arbre particulier attire l'attention. Il s'agit de l'arbre généalogique qui permet d'identifier les personnages-clés de la légende arthurienne. Un film projette la vie d'Arthur.
La salle 2 est consacrée aux stratégies politiques du roi Arthur, à sa résistance aux invasions barbares, à son esprit de conquête. La personnalité politique du personnage y est dévoilée. Parallèlement, un docu-fiction et de nombreux objets retracent l'évolution de la forêt en Bretagne, les changements climatiques et l'activité humaine qui s'y développait.
Enfin, la 3e salle évoque les douze années de paix consécutives au mariage d'Arthur et de Guenièvre. Le roi se met en quête du Graal. Sa vie amoureuse trépidante est dépeinte. Guerre, inceste, « c'est Dallas (1) en Brocéliande », dit Patrick Absalon, chef de projet et co-commissaire de l'exposition. C'est dans cette dernière salle qu'une présentation du Graal sera faite.
(1) Dallas : série américaine des années 80
— Pour ceux qui ne peuvent se rendre à l'exposition de Rennes :
Sachez qu'une exposition aura lieu à la Bibliothèque Nationale de France en novembre 2009 et à la médiathèque de Troyes, dans l'Aube, à l'été 2010.
Et on peut [Voir le site] des Champs Libres pour y faire une visite virtuelle de l'exposition, et plus particulièrement [Voir le site]
— Pour ceux qui s'y rendent, voici les renseignements pratiques :
Dates : du 15 juillet 2008 au 4 janvier 2009.
Tél. : 02 23 40 66 00.
contact(AT)leschampslibres.fr
Adresse : Les Champs Libres. 10, cours des Alliés, 35000 Rennes.
Horaires : du mardi au dimanche de 12 à 19 heures.
Nocturne les mardis à partir de septembre.
Fermeture les lundis et jours fériés.
La visite se fait en famille. C'est l'occasion de découvrir Arthur et ses chevaliers autrement qu'au travers du dessin animé Shrek 3 ou de la série Kaamelott qui a très librement modifié la légende. C'est aussi une façon de prendre conscience des raisons de l'influence européenne puis mondiale du mythe du roi breton qui a inspiré notamment Wagner (opéra Parsifal), Guillaume Apollinaire (L'Enchanteur pourrissant), la peinture, et enfin le cinéma (les Monty Python et leur Sacré Graal), le film Excalibur (du nom de l'épée légendaire d'Arthur)...
Bonne visite (virtuelle ou réelle), mais de toute façon : bon voyage à travers les siècles et au cœur de l'imaginaire ■
07:08 Publié dans Dossiers Secrets de l'Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : roi arthur, artus, arzhur
18.01.2008
Les boucaniers
Le boucanier n'est pas un marin, mais un chasseur de vaches sauvages, ou de cochons. Si on confond souvent boucanier avec pirate, c'est parce qu'en anglais on désigne les flibustiers sous le nom de buccaneers ou privaters. Les boucaniers forment un confrérie d'hommes très serrée et radicalement en marge de toute autorité. Dès la fin du XVIe siècle, des petits camps de boucaniers se dressent dans le nord-ouest de Saint-Domingue. Les boucaniers tirent leur nom du «boucan», claie de branches sur laquelle ils cuisent la viande au-dessus d'un feu de bois vert. La cuisson et la fumée permettent une excellente conservation des quartiers de viande. Quant aux peaux, arrosées de gros sel, elles sèchent au soleil.
Toujours en quête de vivres, les navires hollandais, anglais ou français connaissent bien les baies où vivent les boucaniers. La viande et les peaux s'échangent contre des armes, de la poudre et du rhum.
À l'occasion, les boucaniers pillent les navires rejetés sur la côte par les tempêtes. Ils vont aussi s'embusquer sur de petites barques près des villages espagnols. Les boucaniers accueillent tous les déserteurs et aventuriers qui acceptent leurs règles de vie aux mœurs très libres. Remarquables chasseurs, habitués aux longues marches en forêt, les boucaniers sont aussi très à l'aise sur un bateau. Solides gaillards bien nourris, ils deviennent de redoutables combattants lors des corps à corps sanglants des abordages.
Les boucaniers sont tous armés d'un fusil de 4 pieds de canon appelé le «fusil à giboyer» et ordinairement d'un pistolet ou deux à la ceinture. Ils portent également un bon sabre ou un coutelas spécial servant à dépecer le gibier. Les boucaniers faisaient fabriquer en France ce modèle spécial de fusil de fort calibre. Il se chargeait d'une manière exceptionnellement rapide pour l'époque, pouvant tirer trois coups dans le temps qu'un fusil militaire en tirait un seul. Leur poudre venait de Cherbourg. Elle était de première qualité et fabriquée spécialement pour eux. On l'appelait «poudre de boucanier». Elle se conservait dans des calebasses ou tubes de bambou bouchés de cire. Les flibustiers, souvent anciens boucaniers, préféraient l'usage de cette mousqueterie aux canons d'un navire. Grimpés dans les mâts, ils s'amusaient à décimer à coups de fusil les servants des pièces d'artillerie du navire attaqué. Le plus souvent, au moment de l'abordage, l'équipage ennemi était parti se cacher dans la cale pour éviter leurs tirs précis.
Ils opéraient avec le soutien partiel des colonies non-espagnoles et leur activité est demeurée légale ou partiellement légale jusque dans les années 1700.
18:19 Publié dans Dossiers Secrets de l'Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Pirates, boucaniers
18.06.2007
Mers-el-Kebir, 3 juillet 1940
Mers-el-Kébir
http://video.google.fr/videoplay?docid=-8037833888775749967
09:20 Publié dans Dossiers Secrets de l'Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Mers-el-Kebir, marins, bretons, français, algériens, Chirac GIA, GSPC
21.01.2007
Les pirates du Net à l'assaut de Sealand
La fiction rejoint la réalité depuis que Michael Roy Bates, 54 ans, autoproclamé « Prince of Sealand » en 2000, a décidé, début janvier, de mettre en vente son île métallique de 550 mètres carrés, érigée sur deux pylônes, à dix kilomètres des côtes de la Grande-Bretagne. Son père, Paddy Roy Bates, ancien major de l'armée, avait pris possession de cette forteresse militaire, initialement baptisée Fort Rough, en 1967, profitant à la fois d'un vide juridique et du fait qu'elle était alors en dehors des eaux territoriales britanniques. Elle fut construite à terre en 1942 et transportée sur un banc de sable pour protéger le pays des Allemands, mais personne n'a jamais pu dire s'il s'agissait d'une barge dépendant de la Royale Navy ou d'un territoire placé sous l'autorité du gouvernement.Dès le milieu des années 1960, Fort Rough s'était retrouvé sur la sellette à cause de pirates. Pirates radio, les ancêtres des radios libres, contraints d'émettre en mer faute d'autorisation. Leurs propriétaires, à l'instar de celui de Radio Caroline ou de Radio Sutch, n'hésitaient pas à faire le coup-de-poing pour s'imposer. Reg Calvert, patron de Radio City, en mourra. Quatre autres disparitions dans le petit monde trouble des radios de l'époque ne seront jamais élucidées. Mais Paddy Roy Bates et sa femme Joan ont d'autres ambitions. Ils dessinent un drapeau, éditent des timbres, battent monnaie, le dollar de Sealand, indexé sur le dollar américain, et impriment des passeports. Ce ne sera pas une bonne idée.
Détournés par des organisations mafieuses, ces derniers se retrouveront dans des circuits de blanchiment d'argent. L'un d'eux sera même découvert dans la poche de l'assassin du couturier Gianni Versace, tué en 1997 ! Aujourd'hui Paddy Roy Bates a 85 ans et sa femme pas loin de 80. Ils habitent au sud de l'Espagne. Leur fils Michael, divorcé et père de trois enfants, a décidé de passer la main. « C'est la fin d'une très longue histoire, mais il est temps de faire autre chose de Sealand », explique-t-il. Installé à Leigh on Sea, au nord-est de Londres, il exploite une société de pêche, Fruits of the Sea, qui, avec deux bateaux, dont l'un basé en Écosse, ramasse des fougères de mer et des crustacés. Mais il flaire surtout qu'il peut encore réaliser une bonne affaire avec la forteresse de son père.
Depuis 1987 et le passage des eaux territoriales de 3 à 12 milles nautiques, Sealand n'est théoriquement plus indépendante de la Grande-Bretagne. Mais le gouvernement britannique laisse faire. L'île de fer revendique donc un bureau des Affaires internationales et une banque d'État, dont le contrôleur général vient d'être remplacé. Des institutions d'opérette dont les adresses n'existent que sur Internet et sur une boîte postale. Mais elles n'empêchent pas la principauté d'interdire à tout navire d'approcher en deçà d'une zone d'un mille nautique autour de la plateforme. Inutile d'ailleurs d'essayer de s'y rendre sans montrer patte blanche. Les visites sont interdites pour des raisons de sécurité, précise le bureau des Affaires internationales. Seuls des cas exceptionnels peuvent permettre la délivrance d'un visa « sous trente jours ». Plus conciliant, Michael Roy Bates propose d'« attendre le printemps et une mer moins mauvaise pour que je vous y conduise si je n'ai pas trop de travail ».À l'en croire, entre deux et quinze personnes séjournent en permanence sur Sealand. La forteresse offre toutes les commodités pour vivre et travailler. « Chaque tour a 7 étages et 7 chambres. La plateforme en compte encore une douzaine. Il y a également une salle de conférences, une installation de dessalement de l'eau de mer, une chapelle et une prison », énumère le « Prince » de la principauté dans un grand éclat de rire. On ne sait jamais s'il plaisante ou pas. Cependant, une société privée, HavenCo, spécialisée dans la messagerie électronique, s'y est bel et bien implantée en 2000, moyennant, selon Michael Roy Bates, un investissement initial de 1,5 million de dollars. Elle offre d'héberger des serveurs informatiques en dehors de tout contrôle juridique et fiscal.
Tout juste s'interdit-elle la pornographie enfantine et les « spams » (pourriels), ces messages non sollicités qui envahissent les ordinateurs. À l'heure où les pirates du Net triomphent et bouleversent le téléchargement, il n'en fallait pas plus pour qu'une agence immobilière espagnole décide de s'intéresser de très près à Sealand. « Il y a deux mois, nous avons contacté Michael Bates en lui expliquant que nous vendions des îles et que la majorité de nos clients nous demandaient s'ils pouvaient y créer leur propre pays », confie Gabriel Medina qui dirige, à Grenade, InmoNaranja. Et d'ajouter : « Il ne s'agit pas exactement d'une vente, mais d'un transfert puisque l'acheteur acquiert non seulement une plateforme mais encore un État, une histoire et un statut de quarante ans d'indépendance. » Mise à prix : 750 millions d'euros, soit 1,363 million d'euros le mètre carré ! Une somme colossale qui ne semble pas rebuter des investisseurs libyens, russes et américains, affirme Medina. Pas plus qu'elle ne rebute une mystérieuse association suédoise, Pirate Bay, qui affirme que la non moins curieuse Acfi (Armed coalition forces of the Internets) a pris contact avec Sealand.
Micheal Roy Bates dément. Mais Pirate Bay ne désarme pas. Elle a lancé une souscription auprès de ses visiteurs sur Internet où les réponses affluent. « Sealand semble un bon endroit », écrit Erik. Thimothy est nettement plus radical : « Depuis quand des pirates achètent-ils quelque chose ? Prenons tout simplement Sealand. C'est un micropays et nous devrions être capables de l'envahir ». À un détail près, Sealand n'est reconnue par aucun État. Et rien ne dit que la Grande-Bretagne continuera de fermer les yeux sur un territoire hors la loi.
15:20 Publié dans Dossiers Secrets de l'Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Pirates, Caraïbes, Sealand, Internet
16.01.2007
Mers-el-Kebir, nettoyage ethnique
Description :
Acte 1
Le 3 juillet 1940 l'escadre au mouillage à Mers-el-Kébir, aurait du rejoindre Toulon pour se mettre à l'abri. Cette erreur sera fatale et coûtera 1200 marins, dont 800 Bretons, morts pour des clopinettes. L'entêtement d'un chef face aux Anglais, prendra la moins bonne des solutions, l'affrontement voué à l'échec..
Acte 2
Le 25 avril 2005, la profanation par le GIA Algérien, des islamistes convaincus que ce cimetière est un affront, le saccageront en bonne et due forme. Pour laver cette souillure le président Jacques Chirac, fera éradiquer les croix chrétiennes pour apaiser les musulmans.
Acte 3
Mais l'histoire rattrape les incrédules, ceux qui sont propulsés pour établir en France un équilibre des populations ethniques et signer un traité de dupe entre deux peuples diamétralement opposé. L'oeuvre du Président Français va connaître un sérieux revers, avec le déclenchement du GSPC qui appelle les Algériens à s'en prendre aux Français.
Si vous ne parvenez pas à visionner la vidéo, copiez l'URL suivante dans votre navigateur :
http://video.google.fr/videoplay?docid=793587281882258454...
08:35 Publié dans Dossiers Secrets de l'Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Mers-el-Kebir, marins, bretons, français, algériens, Chirac GIA, GSPC
08.01.2007
Jean-Marie DÉGUIGNET, Mémoires d'un paysan Bas-Breton, 1834-1905
Jean-Marie Déguignet naît en 1834 à Guengat, près de Quimper. Il meurt le 29 août 1905, à Quimper, rue de l'hospice, au temps du combisme triomphant, ce qui n'est pas anodin pour un homme qui se définissait lui-même comme « en politique, [...] un républicain des plus avancés, et en religion, libre penseur, philosophe ami de l'humanité, de la vraie, et ennemi déclaré de tous les dieux qui ne sont que des êtres imaginaires, et des prêtres qui ne sont que des
charlatans et des fripons [...] » (p. 298). Il commence à rédiger ses Mémoires dans les années 1890 et nous pouvons en lire aujourd'hui une version abrégée à partir de 24 cahiers manuscrits - soit plus de 2 500 pages grâce au travail de l'association d'histoire locale Arkae et d'un petit éditeur finistérien. On découvre alors une destinée extraordinaire, dans le sens premier du terme. Et se déroule, au fil des pages, l'existence d'un petit, sorti du silence des humbles par l'écriture de sa propre vie.
Jean-Marie Déguignet n'est ni Maupassant (Une Vie), ni Émile Guillaumin (La Vie d'un simple). De cet opus qui peut être passé au crible des analyses sur l'autobiographie (Philippe Lejeune) et les récits de vie (Daniel Bertaux), nous proposerons trois lectures pour essayer d'en restituer et la saveur et l'intérêt pour l'historien.
On peut tout d'abord considérer ces Mémoires comme un livre d'histoires, d'aventures, comme une odyssée. En 1854, Déguignet, domestique chez le maire de Kerfeunteun, une commune limitrophe de Quimper, s'engage dans l'armée : une aubaine pour quitter son monde, une possibilité offerte à l'individu pauvre de découvrir un pays et une nation auxquels il appartient et dont il aimera à décrire l'infinie variété des hommes qui les composent ; un espoir de s'élever
socialement. Pendant quatorze ans, il participe aux guerres de Napoléon III : un baptême du feu à Sébastopol, un parcours dans l'Italie du nord au moment de la campagne de 1859, la lutte contre les soulèvements kabyles en Algérie, la participation au fiasco mexicain. De ces Mémoires de guerre un tiers de l'ouvrage , on retiendra que l'empire, ce n'était pas la paix ; on sera sensible, aussi et surtout, à la rencontre entre l'histoire de l'individu et la décision politique nationale, à leurs enchevêtrements. Déguignet apparaît non seulement comme un acteur modeste des aventures extérieures de l'empire, mais aussi comme un Français dont la condition de soldat lui permet des apprentissages nouveaux : un intérêt pour l'ailleurs, avec comme corollaire le plaisir du tourisme à l'occasion ; la rencontre avec les autres, en particulier celle avec un jeune caporal qui au cours de la guerre de Crimée lui apprend à lire et à écrire vraiment le français.
Lorsqu'en 1868 Déguignet revient à Ergué-Gabéric où il avait appris, enfant, à devenir mendiant, l'ancien sergent redécouvre cette partie de la Cornouaille. Et ce n'est pas une des moindres vertus de ses Mémoires que d'offrir au lecteur une ouverture sur l'histoire de la Basse-Bretagne du XIXe siècle. L'auteur décrit le monde dans lequel il évolue, observe les changements plutôt qu'il ne les analyse. Une démarche quasi ethnographique qui lui permet d'appréhender la société de son temps et de contester le travail des folkloristes. Déguignet offre ainsi sa version de «l'âme bretonne» : prégnance des légendes et d'une religion catholique dans les gestes et les jours, établissement d'une hiérarchie des caractères en fonction des pays et des hommes qu'il connaît en Basse-Bretagne, image romantique apprise ou pensée
d'une région ensauvagée. L'œuvre intéresse ainsi doublement l'historien : l'auteur, en essayant de dresser un tableau des mentalités, invite à vouloir les comprendre et permet aussi d'envisager comment il pouvait se les représenter.
Le monde de Jean-Marie Déguignet, c'est celui des ruraux qui vivent dans des communes proches de Quimper et qui s'y rendent. On y marche beaucoup, la mort et l'alcoolisme sont très présents de même que l'instabilité. Mobilité dans l'espace, mobilité dans la société. La vie de l'auteur en est un parangon. Né dans un milieu de petits paysans pauvres, il fait très tôt le métier de mendiant à l'intérieur de sa commune trois jours par semaine et aide ses parents. En 1851,
il travaille comme vacher dans la ferme du professeur de l'école d'agriculture de Quimper ; et il pose la question : «Mais un monsieur à chapeau haut et qui ne savait pas parler breton pouvait-il être cultivateur ?» (p. 85). C'est une société organiciste que l'auteur détaille. Chacun y a sa place et chacun se doit de la tenir. Moins que des catégories ou des classifications toutes faites, ce sont des états que Déguignet distingue pour donner à lire les relations sociales.
On est misérable, on peut le devenir, mais on peut aussi se sortir de cette condition. Le mendiant n'est pas mis au rebut mais fait partie intégrante du corps social. Il donne les nouvelles, joue un rôle d'intermédiaire pour les mariages, fréquente les propriétaires et les journaliers. Loin d'un déterminisme économique et social proposé comme explication par certains, loin des conceptions de l'Église sur les bienfaits de la pauvreté et l'assistance nécessaire, Déguignet propose de voir dans la mendicité un état momentané pour certains, prolongé pour d'autres. Aussi, les frontières passent d'abord entre les différents états de la richesse et les différents états de la pauvreté. Et Déguignet de renvoyer l'image d'une société où l'individu est toujours « à la limite de » : il peut prétendre à une amélioration de son état économique et social, et donc à une plus grande réputation à l'intérieur de la commune, mais le champ des possibles peut toujours être obéré par quelque hasard fatal, par une mauvaise ou impossible gestion du mieux-être. L'ancien soldat qui a accumulé un petit pécule se marie à son retour, devient fermier quinze ans durant à l'ombre du château
de monsieur Malherbe de la Boissière. Un incendie de la ferme, l'ivrognerie de sa femme, la non reconduction du bail à cause de ses opinions politiques, et Déguignet se retrouve débitant de boissons à Quimper en 1883. Dans cette société, la sûreté de l'état du moment est rarement un gage pour l'avenir. Vivre, c'est être obligé de s'adapter. Il devient ainsi momentanément, au début des années 1880, agent d'assurance pour la compagnie La Nationale. Mais il sait lire et écrire le breton et le français... et sa polyvalence est aussi à mettre au compte de ses expériences, de ce qu'il fut et de la volonté qu'il eut de maîtriser son destin.
On reste cependant ici dans le domaine de l'exceptionnel, ce que confirme Déguignet qui se voit comme un aiguillon de la modernité. Accueilli chez un vieil oncle après son congé de l'armée, il rappelle combien il fut « surpris de constater que cet ancien gendarme qui avait fait trente ans de service dont vingt à Paris, était resté complètement breton. Il
avait conservé toutes les idées et toutes les superstitions du pays natal. Il n'avait rien oublié, n'ayant rien appris, sinon qu'il s'était créé deux fétiches de plus : l'homme de brumaire et l'homme de décembre » (pp. 268-269). L'auteur fustige la routine de ses contemporains peu enclins à s'adonner aux « kichou névez » (p. 323), l'expression péjorative
désignant les nouvelles modes. Témoin attentif du temps qui passe, il rend compte de sa perception des nouveautés, de leur introduction plus que de leur réception. Le train qu'il prit la première fois entre Lyon et Marseille, après qu'il se fut porté volontaire pour la Crimée, lui devient un mode de transport familier. Il offre un Pernod dans un café de Trégunc alors qu'il fait sa tournée des fermes de la commune pour proposer son assurance. Il constate dans les
années 1890 que la papeterie Bolloré, à Ergué-Gabéric, s'est considérablement modernisée. En filigrane, et grâce à de multiples détails, apparaissent le monde qui s'en va et le monde qui advient, dans la coexistence de l'ancien et du nouveau. Déguignet est un progressiste. Et la description qu'il fait de son travail de fermier après son retour du Mexique est là pour en témoigner : abonné à un journal agricole, il défriche, crée un potager, s'occupe de ses prairies, possède le plus beau champ de blé noir. L'on en revient alors au diptyque archaïsme/modernité dans les rapports complexes qu'ils entretiennent entre eux. La routine selon Déguignet n'était-elle pas aussi le mode de conservation que la société avait découvert pour éviter sa propre dislocation ? Mais ceci est une autre histoire.
Enfin, l'ouvrage permet d'aborder la façon dont Déguignet a forgé son identité et la conscience qu'il a eue de son destin. Certes, son regard rétrospectif sur les soixante premières années de sa vie n'est sans doute pas exempt d'arrangements et d'exagérations ; mais si l'on pense que le récit d'une vie par son auteur est une forme appropriée du discours pour appréhender l'individu dans ses actions, alors celui de Déguignet est un témoignage non négligeable.
L'homme est un autodidacte. Sa mère savait lire le breton dans trois livres : le catéchisme, la vie des saints, son livre de messe. À neuf ans, il commence l'apprentissage de la lecture en même temps qu'il va au catéchisme. Avant de connaître la caserne, il a appris par lui-même quelques rudiments d'écriture, et sur les journaux que recevait le maire dont il était un domestique, un français encore peu assuré. Ses années passées dans les armées impériales confortent
son bilinguisme et sa maîtrise de l'écrit. Dans une Basse-Bretagne très majoritairement monolingue, il apparaît à son retour comme un produit d'une acculturation. Les notables et les édiles qui partagent avec lui la connaissance d'une langue échappant à la plupart des ruraux le considèrent comme pouvant faire partie des leurs. Est clairement posé
dans le texte le statut de la langue. Ses Mémoires sont un palimpseste des influences culturelles auxquelles il a été soumis. Déguignet prend la pose, convoque Dante, Hugo, Musset, dit savoir parler quatre langues, fait des citations en italien et en breton. Il écrit, rencontre Anatole le Braz professeur à l'université de Rennes, collecteur de contes et de
légendes bretonnes qui fait publier, dès 1904 dans La Revue de Paris, plus d'une centaine de pages corrigées. Une consécration et une revanche pour un homme qui s'est senti persécuté.
Car Déguignet est aussi le républicain rouge vilipendé par le clergé et les adversaires de « Marianne frilous » (p. 341) Marianne au nez sale. Remettre en cause les autorités de même qu'il faut casser la routine pour s'affranchir, tel est le message d'un homme pour qui la modernité devait prendre une acception aussi bien politique en l'occurrence, la République qu'économique. L'apprentissage de la liberté de conscience se conjugue avec un anticléricalisme forcené, présent tout au long du livre, et qui culmine au moment de l'expulsion des congrégations religieuses et de l'interdiction de l'usage du breton en 1902. L'affirmation de son identité politique se double aussi de constatations souvent passionnantes sur la politique au village. On saisit la présence d'un bonapartisme rural diffus, on lit avec plaisir les
pages consacrées aux élections législatives de 1876, on comprend le rôle et la présence des autorités municipales dans les communes/paroisses.
Enfin, il reste à évoquer l'homme Déguignet. Qu'est-il devenu ? Il est dans la misère à la fin de sa vie. Il semble seul et rares sont les remarques qui permettent de pénétrer dans la sphère de l'intime. Se pose ici la question des rapports entre l'individu et le groupe, la communauté à laquelle il appartient. Certes, il se présente et se considère toujours comme un paysan, et tout au long du livre fourmillent les indications sur ses sentiments face à la nature et sa relation à la terre. Alors qu'il est débitant de tabac à Pluguffan, dans les années 1880, il loue un champ et le cultive.
Jean-Marie Déguignet est à fois dans et hors le monde dans lequel il vit, après son retour dans le Finistère. Problème du métissage, problème d'une situation de l'« entre-deux » : il est un paysan, mais il est devenu bien plus que cela aussi. En marge.
Laurent Le Gall, «Jean-Marie DÉGUIGNET, Mémoires d'un paysan Bas-Breton, 1834-1905, Édition établie et
annotée par Bernez Rouz, Le Relecq-Kerhuon, Éditions An Here, 1998, 462 p.», Ruralia [En ligne],
1999-04 - Varia
Disponible sur : http://ruralia.revues.org/document103.html.
Référence du : 8 janvier 2007
16:15 Publié dans Dossiers Secrets de l'Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bretagne, breton, Breizh
22.12.2006
Seznec politiquement correct ?
09:20 Publié dans Dossiers Secrets de l'Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Seznec, vérité, justice, erreur, cassation, verdict, Bretagne




