15.03.2009

Le nationalisme flamand triomphe

 

mardi 10 mars 2009, par Jean Quatremer

Voir en ligne : http://bruxelles.blogs.liberation.f...


 


Selon un sondage publié aujourd’hui parle quotidien francophone Le Soir, le nationalisme se porte bien en Flandre et risque de rendre ingouvernable le pays au lendemain des élections régionales de juin prochain. En partant de l’extrême droite vers la droite, le Vlaams Belang est crédité de 15,4 %, la NVA, anciennement alliée aux démocrates-chrétiens du CD&V d’Yves Leterme, de 10,1 %, et la liste Dedecker, de 11,8 %. Ces trois listes qui militent pour une indépendance de la Flandre atteignent donc 37,3 %, un record sans précédent !

Mais si on y ajoute le CD&V (20,5 %), largement gagné aux thèses indépendantistes, on atteint 57,8 %. Et les libéraux de l’Open VLD (crédités de 19,3 %) ne sont pas vraiment en reste : soit 77 % des voix pour une droite décomplexée dont l’attachement à la Belgique faiblit de jour en jour. Et la gauche flamande dans tout ça ? Les socialistes sont réduits à 14,4 % (et eux aussi veulent davantage d’autonomie pour leur région) et les Verts à 7,3 %. Or ces derniers sont en réalité les seuls à clairement rejeter l’idée d’une séparation du pays… C’est dire si l’opinion publique s’est largement radicalisée en Flandre depuis les élections législatives de juin 2007.

En Wallonie francophone, en revanche, rien ne change, comme d’habitude, ce qui achèvera de 20080715Belgique2convaincre la Flandre qu’il n’y a décidément pas d’avenir commun possible avec les Francophones : le PS, qui dirige la région depuis l’origine, est crédité de 30,7 %, distançant les libéraux du MR (26,9 %). Les Verts, eux, font un carton, à 18,1 % et les centristes du CDH (alliés indéfectibles du PS), sont donnés à 17,2 %. Au sud, le paysage politique est donc le négatif de celui du nord : la gauche et le centre gauche wallon obtiennent en effet 67 % des intentions de votes.

Et Bruxelles ? Les Verts feraient un tabac avec 20,4 %, juste derrière les libéraux du MR (29,5 %). Cette percée verte se ferait au détriment des socialistes qui perdraient dix points dans l’affaire (à 18,3 %) par rapport au scrutin de 2004. Les centristes du CDH, eux, ne progresseraient guère, à 13,2 %. Il est à noter qu’en francophonie, l’extrême droite du Front national ne dépasse pas 1,6 %, à comparer avec la situation qui règne en Flandre…

Bref, le divorce politique des trois régions belges se confirme donc, rendant le pays de plus en plus ingouvernable. Et manifestement, la crise ne fait pas faiblir les Flamands dans leurs revendications autonomistes. Bien au contraire.

16.12.2006

La Guerre des petits mondes...

Date: 16 décembre 2006

Le 13 décembre 2006 , la RTBF s’est distinguée en diffusant sur la chaîne de télévision "La Une" un documentaire-fiction particulièrement bien ficelé qui ne présentait rien d’autre que l’éclatement territorial de la Belgique comme venant tout juste de se produire. Il faut désormais un passeport pour franchir la frontière linguistique entre la Flandre et la Wallonie ! Avec déclarations « en direct de » de diverses personnalités en vue sur l’impact de cet événement de première grandeur.

Le même impact chez les Wallons et les Bruxellois que la célèbre émission de radio qui rendit célèbre Orson Welles en 1939 dans un soi-disant « reportage en direct » décrivant le débarquement des Martiens (il s’agissait d’une simple transposition de La Guerre des Mondes, roman que Herbert George Wells avait écrit vers 1899.

Un très grand nombre de téléspectateurs belges n’a pas compris sur le coup qu’il s’agissait d’un documentaire-fiction ; le travail était bien léché, avec des déclarations authentiques de personnalités politiques ou autres. Des témoignages en direct d’une crédibilité totale, n’eût été le bandeau en bas de l’écran : ceci est une fiction (mais d’innombrables specateurs préféraient croire ce qu’ils voyaient et entendaient, plutôt que cet avertissement discret).

En tout cas la question est posée, et les Flamands y sont présentés comme composés de gens arrogants, dominateurs et sûr d’eux. Le ministre-président de la Flandre, Yves Leterme, a déclaré ce matin, en néerlandais bien sûr, que l’image de la Flandre présentée par La Une était caricaturale. Son indignation porte uniquement sur ce point.

La plupart des Flamands n’ont pas d’opinion sur l’émission, car de toutes façons ils ne regardent pas La Une, ou s’étonnent qu’il y ait de tels remous et pareille indignation chez les francophones -à propos d’une chose qui pourtant leur paraît tellement évidente- et certains déclarent avoir découvert à cette occasion seulement que les Wallons ne savaient pas que les jours de l’Etat belge étaient comptés.

Toutes proportions gardées, cela fait penser à Zarathoustra après sa rencontre avec le vieil ermite de la forêt « est-ce possible, ce vieil homme ne sait donc pas encore que Dieu est mort ? »

Ce qui est fondamental, c’est que lorsque la télévision présente des canulars sous la forme d’émission d’informations, avec les apparences extérieures de l’authenticité, le tout est gobé sans esprit critique, si on n’est pas le premier avril. Et encore…

Il y a là plus qu’un problème de déontologie du journalisme. C’est toute la définition de George Orwell dans « 1984 » :

« La guerre c'est la paix, la liberté c'est l'esclavage, l'ignorance c'est la force." Il terminait son roman en disant qu’il voyait l’avenir sous la forme d’une immense botte molle écrasant un visage (… sous-entendu qui ne s’en rend même pas compte !)

Résumons : H.G. WELLS, Orson WELLES, George ORWELL ? Loi des séries ? Complot ? Canular ?

Comme on dit en flamand : Wel, Wel, Wel ! L’humour belge a encore un bel avenir devant lui, comme l’humour tchécoslovaque.

Quelle est la différence entre une vérité et une croyance ? C’est bien simple, une vérité, c’est ce qu’on croit vrai.

 Jean-Louis Le Meur